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[club] Lou Andreas-Salomé/Freud – Une passion pour la psychanalyse

Salome1Lou Andreas-Salomé s’investit beaucoup dans la psychanalyse. Ce n’est pas seulement un investissement intellectuel : c’est une véritable passion.

p. 59 :

« je m’efforce honnêtement et de tout mon cœur de vous bien comprendre ». Je n’ai pas vérifié l’original, mais je trouve intéressant l’usage du mot cœur. Il ne s’agit pas seulement d’un effort intellectuel, c’est aussi une affaire de sentiments.

p.76 parlant du nouveau livre de Freud : « Affamée, assoiffée, je me suis jetée dessus »

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[club] Lou Andreas-Salomé/Freud – Mentor ou muse?

corr freud salomeIl l’écoute, l’encourage à penser, à publier.

Elle fait preuve d’un grand respect, elle craint toujours de le décevoir. Par exemple, p.59 : Lou a peur de mal comprendre, il la rassure, restaure son esprit critique, son intelligence. Il lui donne des conseils, la guide.

p.198 Freud la rappelle à l’ordre sur sa place « Préparer Mme E à son divorce ne rentre pas dans vos attributions. Vous n’êtes ni un ami juriste ni une tante secourable, mais une thérapeute qui ne peut travailler que quand on lui donne les moyens de le faire. Un point c’est tout »

C’est un mentor. Mais c’est aussi une muse. Il inspire des textes à Lou Andreas Salomé. Elle a une relation passionnée avec la psychanalyse, et Freud…

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[club] Mahony – La revanche de Dora

Dora a peut-être été « mal traitée » par Freud mais elle reste aujourd’hui un cas révisable qui met en lumière les « forces patriarcales du XIXe siècle » (p. 26). Parce que Freud ne l’a pas comprise et n’a pas voulu l’entendre, elle illustre la cause des femmes de son temps et leur « envie d’indépendance »(p. 78). Ce que Freud voyait comme un aboutissement de sa théorie s’est retourné, au fil du temps, contre lui…
C’est la revanche de Dora.

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[club] Mahony – Dora, patiente mal traitée

Dora est la première patiente sur laquelle nous nous penchons.

Et elle a été mal traitée.

Je ne vais pas en déduire cependant que la psychanalyse traite mal les femmes en général, mais Dora oui.

Il me paraît choquant que Freud ne voit pas d’emblée que Dora est une victime : sa famille est toxique, monsieur K. lui fait des propositions malsaine…. Est-ce liée au fait que je suis née en 1980? Que la Vienne de Dora était différente? Je peux admettre que la différence d’âge entre monsieur K. et Dora n’était pas alors un problème, ni le fait que Dora était ado, mais n’est-ce pas évident que la position de monsieur K. (mari de l’amante du père) rend sa proposition malsaine? Suis-je trop moraliste?

Il me paraît encore plus choquant que Freud ne se met pas du côté de sa patiente. Il ne l’écoute pas, il écoute les adultes qui la lui envoient. Je pense que l’hostilité de Dora à l’égard de la cure est due au manque d’empathie de Freud. Il est du côté des adultes et surtout il veut prouver sa théorie, il ne l’écoute pas.

Cependant, il y a malgré tout dans le texte de Freud une volonté de se remettre en cause. Et je trouve que beaucoup de psychanalystes oublient cet aspect : Freud n’avait pas la prétention d’avoir une théorie achevée et intouchable.

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[club] Mahony – Pourquoi Freud se trompe-t-il?

Mahony met en avant les erreurs de Freud, notamment dans son positionnement. Il se montre directif, fait des suppositions gratuites, néglige certains aspects.

Il me semble particulièrement intéressant de nous demander les raisons de ces erreurs.

Plusieurs explications sont possibles en fonction de où on se place. Du point de vue de la psychanalyse, Freud se trompe car il ignore ou tout au moins sous-estime le contre-transfert. D’un point de vue plus large, je pense que les erreurs de Freud prouvent qu’il a des préjugés sur les femmes et la sexualité féminine.

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[club] Freud – Sortir de l’Oedipe ou comment tuer le père

Des psychanalystes après Freud, comme Liliane Fainsilber dans La place des femmes dans la psychanalyse ont montré qu’il avait manqué la sortie de l’Oedipe pour les filles, qu’elles devaient elles aussi tuer le père. Reste à savoir comment.

Si c’est en trouvant un mari qui se substitue au père ou en ayant un enfant, on ne sort pas de l’éternelle minorité.

Je pense que cette question : Comment les femmes peuvent-elles tuer le père? est un bon fil conducteur pour notre cycle « Femmes et psychanalyse ». De plus j’aimerais aussi poser cette question : la nécessité de tuer le père signifie-t-elle la fin du patriarcat?

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[club] Freud – L’oedipe féminin ou l’éternelle minorité des femmes

Freud montre que lorsque le passage entre la phase préœdipienne (attachement à la mère/ clitoris) et la phase oedipienne (attachement au père/ vagin) se passe mal, il en résulte des névroses. Des régressions à la pase péoedipienne sont ainsi très fréquentes.

Par contre Freud ne théorise pas vraiment la sortie de l’Oedipe pour les femmes. Les femmes ne tuent jamais le père… (Quand on pense à la relation entre Freud et sa fille Anna, en effet…). Dans la cinquième conférence, il évoque une sortie tardive de l’Oedipe (avec le mariage et la maternité…) et une formation imparfaite du surmoi qui explique que la femme ne peut parvenir ni à l’indépendance ni à la puissance comme l’homme.

Avec ces éléments, il est facile d’utiliser la psychanalyse contre l’émancipation des femmes et contre l’égalité des sexes.

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[club] Freud – De la mère au mari

Je relève cette idée que Freud développe dans la conférence sur la féminité et la texte sur la sexualité féminine : si la femme développe une hostilité envers son mari, c’est en écho avec celle qu’elle avait développée, enfant, envers sa mère…

Si seulement les choses étaient aussi simples ! Nous avons pourtant vu, à travers de nombreuses fictions, que les récriminations des femmes envers des maris (rarement épousés par choix) n’avaient pas grand chose à voir avec celles adressées par des petites filles à leur mère… On reproche rarement à sa mère de coucher avec d’autres femmes, de dépenser tout l’argent du ménage, d’être violente… Freud me semble occulter un peu vite la (dure) réalité de la condition féminine conjugale de son temps.

La règle qui veut que les seconds mariages soient plus heureux, pour les femmes, que les premiers, me semble aussi bien farfelue… Sauf à comprendre que ces seconds mariages ont été contractés par amour et pas, comme les premiers, par obligation familiale.

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[club] Freud – La sexualité féminine

Dans le texte « Sur la sexualité féminine », Freud établit comme un fait incontestable que la petite fille a renoncé au clitoris pour se tourner vers le vagin… Si cela correspond sans doute à des schémas mentaux ancestraux, dont on peut trouver la trace dans la pratique de l’excision comme rite de passage à l’âge adulte, cela ne répond à aucune vérité éprouvée. Le plaisir féminin demeure plus fortement attaché au clitoris qu’au vagin et ceci, quel que soit l’âge de la femme. Nous sommes aujourd’hui abreuvés d’études allant dans ce sens… Et il aurait suffi que Freud écoute les femmes pour le découvrir, ou que la société de son temps les laisse s’écouter et leur permette de se faire entendre.

Cela aurait peut-être révolutionné la psychanalyse…

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[club] Freud – Portrait de femme

Selon Freud, la longue station de la petite fille dans la phase oedipienne cause une absence d’indépendance et de force du surmoi (p. 173). Comment le comprendre ? Comme une absence d’indépendance et de force de la femme ? Le surmoi étant l’instance psychique formulant les interdits, notamment moraux, il est surprenant de lire chez Freud qu’il est moins fort chez les femmes que chez les hommes : les hystériques étaient des femmes muselées par leur surmoi et Freud écrit lui-même, plus loin, que les femmes trentenaires sont, en thérapie, « rigides » – ce qui semble dénoter une certaine force de leur surmoi…

Autre trait du portrait que Freud dresse des femmes : un plus haut degré de narcissisme (être aimée serait plus important qu’aimer), la fréquence du sentiment de jalousie et de rivalité, la pudeur… Liste devant laquelle on peut s’interroger : de quel type de femmes s’agit-il ici ? De la jeune femme bourgeoise viennoise du XIXe siècle ? Importe-t-il vraiment plus pour toutes les femmes d’être aimée par son enfant que de l’aimer, par exemple ? On peut en douter. La rivalité n’est-elle pas le ressort de bien des entreprises masculines ? Il n’y a qu’à voir les fictions, depuis le roman du Moyen Age jusqu’aux superproductions américaines actuelles. Quant à la pudeur, ne sait-on pas depuis Montaigne et son essai « Des cannibales », depuis la découverte des Amériques et des îles de Polynésie, qu’elle est une donnée culturelle, indistinctement distribuée entre hommes et femmes ?

Le clou de ce portrait des femmes réside sans doute dans cette affirmation audacieuse : « On estime que les femmes ont apporté peu de contributions aux découvertes et aux inventions de l’histoire de la culture »… Freud écrit pourtant au XIXe siècle : il aurait pu lire beaucoup des auteurs dont ce bookclub traite. Il ajoute : « peut-être ont-elles quand même inventé une technique, celle du tressage et du tissage ».

« Quand même » ; « peut-être »… On pouvait attendre de l’inventeur de la psychanalyse une meilleure connaissance de l’histoire des techniques : les femmes ont inventé l’agriculture ; ce sont souvent elles qui guérissent dans les villages, dès le Moyen Âge ; elles inventent également la gastronomie.

Mais ce ne sont sans doute pas des techniques assez nobles pour être relevées ?

Le point de vue de Freud sur les femmes me semble donc, en définitive, sérieusement entaché par bien des préjugés et des jugements hâtifs – et c’est bien dommage.